Le Choix des matières premières : viande, végétaux, os

 

De l'avocat ? Pourquoi pas s'il est bien mûr et réduit en purée

 

De très nombreux ingrédients peuvent entrer dans la composition d’une ration ménagère. La plupart des propriétaires ont tendance à y incorporer plus ou moins consciemment les aliments qu’eux-mêmes consomment. Or, certains d’entre eux peuvent se révéler hautement toxiques pour le chien. Les ingrédients à proscrire absolument dans le régime d’un chien sont : les oignons (effets anémiants), le chocolat noir (théobromine, mortelle à partir de 0,5% du poids du chien), les parties vertes de toutes les plantes des solanacées (tomates vertes et pommes de terre germées, contenant de la solanine, toxine à laquelle le chien est particulièrement sensible), le poumon (sa structure alvéolée le fait gonfler dans l’estomac et peut provoquer une dilatation, voire une torsion mortelle de l’estomac). Les ingrédients à ne donner qu’avec modération sont : l’ail (excellent vermifuge naturel mais mortel à partir de 2% du poids du chien), le raisin (des cas d’insuffisance rénale ont été diagnostiqués après une ingestion massive), la luzerne (hépatotoxique à haute dose), la ciboulette et le persil (effets anti cancérigènes prouvés chez l’animal  mais risque d’empoisonnement du sang par surdose de vitamine K en cas d’ingestion massive), le lait pour un chien adulte (la plupart des chiens adultes sont intolérants au lactose). Les légumes doivent obligatoirement être donnés cuits ou réduits en purée s’ils sont donnés crus. Dans tous les cas de figure, les légumes de la famille des choux doivent être donnés cuits et en quantité modérée. Les pommes de terre, les céréales (riz, pâtes, semoule, tapioca etc.) et légumineuses (lentilles, fèves, pois) doivent être cuits longtemps. Les sucreries sont indigestes pour le chien et ne lui apportent aucun nutriment utile : elles n’ont rien à faire dans le régime d’un carnivore (à plus forte raison si ce dernier est en surpoids…).

 La viande doit être maigre de préférence (sa teneur en protéines est plus élevée que la viande grasse). Le bœuf et le poulet sont les deux viandes les plus souvent utilisées par les propriétaires d’animaux domestiques en alimentation ménagère. Pour les chiens âgés, on préfèrera la viande blanche (le poulet et la dinde sont les moins grasses de toutes), afin d’éviter de surcharger les reins en déchets azotés. Le bœuf maigre (5% de MG) reste une excellente source de protéines pour les chiots en croissance et les chiens adultes en bonne santé. Il faut savoir que l’allergie à la viande de bœuf est relativement fréquente chez le chien. Elle se manifeste par une éruption cutanée au niveau de la gueule, souvent associée à un prurit généralisé. Dans pareils cas, il convient de remplacer le bœuf par une autre viande ou du poisson. Les œufs sont aussi une excellente source de protéines. Un œuf entier représente l’équivalent nutritionnel de 80g de viande maigre et peut être incorporé à la ration environ une fois par semaine (on enlèvera alors la quantité de viande correspondant). Le blanc d’œuf cru est riche en acides aminés essentiels mais contient aussi une substance antivitaminique appelée avidine. A long terme, sa consommation peut aboutir à une carence en biotine (vitamine H). Il est donc recommandé de cuire les œufs avant de les donner au chien (au moins façon « coque » : blanc cuit, jaune cru). La coquille, écrasée à la fourchette, peut être sans danger intégrer à la ration. Même s’il est bien toléré par le chien, le fromage blanc n’a pas d’intérêt nutritionnel particulier pour un sujet adulte (il est par contre une bonne source de calcium pour les chiots en croissance, les chiennes gestantes ou allaitantes). Toutefois, ses propriétés organoleptiques peuvent inciter les chiens difficiles à finir leur gamelle. Le yaourt nature, riche en enzymes digestives, permet de reconstituer la flore intestinale après un épisode de diarrhée. Les fruits sont utiles en petite quantité car ils contiennent des fibres solubles, qui facilitent l’assimilation des protéines. On évitera les agrumes, qui provoquent facilement des irritations intestinales.

Certains propriétaires intègrent des os au régime alimentaire de leur chien. Il est un fait que les canidés sont mieux équipés que nous pour digérer les os (mâchoire et estomac adaptés), mais la plupart des vétérinaires restent réticents sur la question, en raison des risques d’accidents digestifs – parfois gravissimes - que ça suppose. Il est en même temps indéniable que le fait de broyer régulièrement des os permet au chien d’entretenir une bonne hygiène bucco-dentaire : la plaque dentaire est éliminée, les gencives sont renforcées et les risques de parodontoses sont réduits au minimum. Quand on sait qu’une infection dentaire peut provoquer des atteintes irréversibles au niveau du foie, des reins et du cœur, c’est un facteur à ne pas négliger. Dans les régimes à base de viande crue dits « naturels », les os contribuent aussi à l’équilibre nutritionnel de la ration, car ils sont utilisés comme source phosphocalcique principale, ce qui évite d’avoir à doser et distribuer des compléments en Ca/P.  Il faut savoir que malgré les allégations de certains fabricants, les croquettes ne permettent pas d’entretenir la dentition d’un chien, car leur format n’oblige pas l’animal à mastiquer et que leur texture n’est de toute façon pas assez dure pour avoir un effet abrasif sur la plaque dentaire. Dans son livre intitulé Raw Meaty Bones (2001), le Docteur Lonsdale affirme même que 85% des chiens nourris à l’alimentation industrielle souffriraient de parodontoses. Alors que faire ? C’est une question de choix et d’évaluation des risques. Les vétérinaires estiment généralement que les os les moins dangereux sont les articulations de veau (rotule, hanche). L’inconvénient de ce type d’os est qu’ils sont extrêmement gras et peuvent provoquer des indigestions chez les chiens fragiles ou gloutons (qui ne laisseront pas la moindre particule d’os sur le sol). Une bonne solution alternative aux os entiers peut consister à donner régulièrement au chien un gros morceau de pain dur, qui fera une parfaite « brosse à dents », tout en ne représentant aucun risque d’accident digestif. Attention, en revanche, aux articles à mâcher vendus dans le commerce : certains ne nettoieront que votre portefeuille (bâtonnets au fluor ou os en peau de buffle, qui se ramollissent très vite sous l’effet de la salive du chien), alors que d’autres (onglets de veau ou sabots de vache, durs et cassants) constituent un risque d’accident digestif parfois plus élevé qu’avec des os frais.

Onglets de veau

Quels sont les risques liés à l’ingestion d’os ? Le moins grave et le plus fréquent des troubles qui s’y rattachent est la constipation, lié à un excès de calcium rejeté dans les selles. Cet excès de calcium peut aboutir à la formation de fécalomes (selles calcifiées), c'est-à-dire de selles compactes et durcies à l’excès (mélange de matières fécales et de poudre d’os), souvent reconnaissables à leur couleur blanche (calcium de l’os), douloureuses à expulser et nécessitant parfois l’intervention d’un vétérinaire et une anesthésie générale. Moins fréquent mais très spectaculaire – bien que souvent sans gravité – le prolapsus anal est la sortie par l’anus d’une partie de l’intestin. Cet accident survient souvent lorsque l’animal cherche à expulser par l’anus des matières trop compactes. Il nécessite l’intervention d’un vétérinaire, qui réintroduira en douceur le côlon dans sa cavité. Les blessures bucco-dentaires sont, elles, relativement fréquentes mais généralement sans gravité. La plupart sont bénignes et passent totalement inaperçues car elles cicatrisent spontanément, parfois en quelques minutes (saignement des gencives ou égratignure des muqueuses buccales). Les fractures dentaires ou les plaies buccales ouvertes (risques d’infection) sont extrêmement rares, la mâchoire du chien étant spécifiquement conçue pour ce genre d’exercice. Les accidents digestifs les plus connus et les plus redoutés par les propriétaires de chiens sont paradoxalement les plus rares. Heureusement, car ils sont aussi les plus graves : les étouffements ou étranglements (avec les os de petits animaux essentiellement), les occlusions intestinales ou compactions (blocage partiel ou total du transit) et les perforations de l’appareil digestif (déchirure des parois de l’œsophage, de l’estomac ou de l’intestin) mettent en jeu le pronostic vital de l’animal et nécessitent une intervention chirurgicale en urgence dans la quasi-totalité des cas. Un chien qui refuse de manger pendant plus de 24 heures, effectue des tentatives répétées de défécation non abouties, a une attitude prostrée ou du sang dans les selles associé à une altération de l’état général doit amené le maître à consulter un vétérinaire en urgence.

 

© : Laurence Caro, également l'auteur d'un guide sur l'alimentation naturelle des animaux,
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